Golf à Chypre, l’île des dieux

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Située dans la Méditerranée orientale, l’île chypriote attire de plus en plus de touristes golfeurs. Mais Chypre détient également un grand héritage culturel et historique.
Stefan Waldvogel

Les lève-tôt ont un avantage: après le passage à l’heure d’hiver, le soleil se couche peu après 17 heures sur l’île des dieux. Il plonge chaque soir dans la Méditerranée au bout d’un magnifique spectacle, comme le montrent les milliers de clichés plutôt kitsch, pris entre autres depuis le fameux rocher «Petra tou Romiou». C’est à cet endroit que la légende d’Aphrodite est née, c’est ici que la déesse grecque de la beauté et de l’amour surgit des vagues. Cette légende attire les touristes par milliers, surtout quand la lune est pleine. On peut alors observer des douzaines de jeunes couples nageant autour du rocher. Trois tours complets là la nage garantissent l’amour éternel, disent les Chypriotes. A ce jour, Aphrodite est restée une sorte de déesse nationale, présente surtout au sud-ouest de l’île.   
 
Carts only
Au-delà du rocher légendaire, de larges fairways traversent un paysage de collines brûlées par le soleil. Aphrodite Hills est le parcours le plus célèbre et le plus cher de l’île et sans doute aussi le plus spectaculaire. Etant donnée les distances parfois énormes entre les trous, une voiturette est obligatoire et comprise dans le green fee de 143 euros en haute saison. 
 
Le starter explique ce jour-là que 183 hôtes figurent sur sa liste et nous exhorte à rester «collés» au flight qui nous précède, il n’y a pas d’autre solution. Toutes les huit minutes, un groupe s’élance sur le parcours qui offre régulièrement une très belle vue sur la Méditerranée depuis deux grands haut-plateaux vallonnés.
 
Le trou no 8 est particulièrement spectaculaire avec l’eau d’un bleu profond, visible immédiatement derrière le green. Mais juste à côté, la prochaine villa de luxe du resort est en construction, risquant de troubler un peu cette belle vision. Le deuxième «signature hole» juste avant possède au moins une vue imprenable. Après un long passage à travers une gorge profonde, les joueurs frappent leur balle par-dessus l’abîme sur le petit green. Des départs jaunes, le trou no 7 d’Aphrodite ne mesure que 128 mètres, mais il coûte cher en balles et en influx nerveux. Le départ dames (rouge) se trouve en principe de l’autre côté du ravin, mais à la troisième tentative, notre partenaire autrichienne réussit elle aussi l’exploit depuis les départs bleus. Reste que la dropping zone connaît un usage très fréquent. Ce n’est qu’au dernier trou qu’un obstacle d’eau classique entre de nouveau en jeu sur ce parcours construit en 2002, à quelque 300 mètres au-dessus de la mer. Le drapeau y est placé à droite, directement derrière le lac allongé, et ce trou finit par «avaler» encore plus de balles que le 7. 
 
Secret Valley à pied
Depuis Aphrodite Hills on voit parfois le club voisin de Secret Valley, se faufilant habilement à travers l’étroite vallée. «Beware of Snakes» indiquent des plaques à côté de l’obstacle d’eau. Mais ici aussi on remarque les traces de la sécheresse estivale avec des niveaux d’eau très bas. Des départs jaunes, le Secret Valley Golf ne mesure que 5050 mètres, mais il passe pour être un peu plus difficile qu’Aphrodite en raison de l’étroitesse des trous. Au lieu de la vue sur la mer ce sont les gigantesques rochers rougeâtres qui dominent le paysage ici. On peut facilement jouer ce parcours à pied mais puisque la plupart de visiteurs préfèrent utiliser une voiturette, les véhicules commencent à manquer lors de notre arrivée. «La prochaine fois vous devrez absolument réserver une voiturette», conseille l’aimable dame à la réception, qui nous a déniché un vieux modèle sans glacière. Mais grâce aux automates à boissons et un bon service au turn, notre approvisionnement est parfaitement assuré pendant la partie. Au restaurant, la commande de boissons s’avère plus compliquée ensuite. La serveuse est visiblement énervée lorsque je lui demande poliment si elle a peut-être oublié notre commande. Probablement, la troupe allemande de joueurs de scramble, qui nous a précédés, a un peu trop longuement arrosé les birdies. Il n’empêche qu’une partie au Secret Valley procure à tout le monde des sentiments de réussite sur le plan golfique. Et nous sommes juste arrivés à temps pour assister à un autre coucher du soleil kitsch. 
 
Minthis en réfection
Précision plutôt que longueur est également le mot d’ordre sur le plus ancien parcours de Chypre. Le Minthis Golf Club a ouvert en 1994. Le designer Donald Steel a implanté les 18 trous avec beaucoup de délicatesse dans le paysage historique autour du monastère de Minthis, datant du 12esiècle, situé au-dessus de la ville portuaire de Páfos. Beaucoup d’oliviers, d’arbres fruitiers et de vignes entourent les trous vallonnés à environ 550 mètres au-dessus de la mer. On construit sans cesse sur et à côté du parcours, entre autres des «apartment suites», un spa et un nouveau driving range. Cela ne gâche en rien la vue splendide sur le massif montagneux de Trodos et le green en île spectaculaire du trou no 14. A cause des rénovations en cours, le parcours mesure actuellement 5100 mètres des départs jaunes. Pour les hommes, le par est de 69, pour les dames de 71. 
 
Sommet sportif à Eléa
Juste à côté de l’aéroport de Páfos se trouve l’Eléa Estate. Mais sur ce parcours signé Sir Nick Faldo on n’entend absolument pas le bruit des avions. Le terrain est une ancienne plantation de caroubiers, mais on aperçoit d’abord une installation industrielle, avant de découvrir l’imposant panorama avec la Méditerranée et la vielle ville de Páfos.La pierre calcaire corrodée parsemant le parcours contraste fortement avec le vert foncé de l’herbe de type Paspalum, qui recouvre les fairways. Les départs sont souvent plus soignés ici que les greens qu’on peut trouver ailleurs. Les bunkers diaboliques sont eux aussi typiques de Nick Faldo, sans parler des greens très grands, «roublards» et surtout très rapides. Sur le plan sportif, Eléa est sans aucun doute le numéro 1 de Chypre, à condition d’accepter avec le même esprit sportif les possibles attentes sur les départs. 
 
Lors de notre visite, le jeu a surtout bouchonné sur les back nine. Le flight devant nous a par exemple tenté d’attaquer le green d’une distance de 240 mètres mais les balles n’ont fait que la moitié du chemin... Les deux derniers trous sont un vrai défi avec plus de 400 mètres chacun (départs jaunes). Pour les dames, le trou no 17 est un par 5 vraiment difficile. Malgré quelques courts par 3, les golfeurs sont mis à rude épreuve à Eléa. Le parcours mesure tout de même 5152 mètres depuis les premiers tees, et depuis tout derrière on arrive même au monstrueux chiffre de 6775 mètres. Par chance, cette longueur-là est réservée aux pros. 
 

Une riche histoire
Chypre – y compris le Nord en mains turques – a une très longue histoire et un riche héritage culturel. Le touriste ordinaire ne remarque en général rien du partage de l’île: pour une excursion sur l’unique parcours de golf dans la partie turque, le Korineum Golf, les deux heures et demie de route depuis Páfos semblent trop longues à la plupart de golfeurs en visite. 

D’autant que l’offre culturelle est riche pour une journée sans golf. Les vestiges sont nombreux: temples, théâtres, églises, monastères et châteaux. La ville portuaire de Páfos fut élue capitale culturelle européenne en 2017. A côté de la vielle ville rénovée, ce sont surtout les tombes royales et le grand parc archéologique qui valent le détour. L’immense surface du parc contient tous les trésors retrouvés pendant les dernières décennies par les archéologues – des découvertes datant des époques paléochrétienne, franconienne et surtout romane. On y trouve des catacombes, des églises, des bains, des marchés, des théâtres ainsi que quatre villas avec des pavés en mosaïque. La maison de Dionysos est exceptionnelle. Elle compte une quarantaine de pièces, et tous les espaces communs autour de l’atrium sont pavés de beaux sols en mosaïque. 
C’est d’ailleurs par hasard que les visiteurs peuvent admirer (à nouveau) une partie de ces trésors aujourd’hui. En 1962, un paysan du nom d’Hasip avait découvert les mosaïques romaines, aujourd’hui de renommée mondiale, en labourant son champ.